Marie-Josée Boucher participera
à un événement d'envergure internationale le week-end prochain,
aux États-Unis. Elle tentera de se qualifier pour une épreuve du
World Supersport Championship, sur le circuit Miller Park en Utah.
Cette entrevue a été réalisée il y a quelques semaines, bien
avant qu'elle n'apprenne cette heureuse nouvelle.
«Sur la
piste, il n’y pas d’hommes ou de femmes, nous sommes tous des
pilotes, alors pour moi, il n’y aucune différence.»
Marie-Josée
Boucher
En 2008,
elle assura sa transition chez les pros, de fort belle manière.
Première femme, depuis 1982, à acquérir le statut de pilote
professionnelle chez les hommes, elle fut également couronnée
championne du Women's Open de la série régionale R.A.C.E ainsi que
du Women's Cup Challenge (Défi Coupe Féminine). Ces deux titres lui
ont aussi permis de remporter le trophée «Max Award», lors de
«l'International Motorcycle Supershow» de Toronto. Une marque de
reconnaissance soulignant la contribution des pilotes dans les
diverses discipline de la course de moto au Canada.

«En 2008,
j’étais la seule femme professionnelle à piloter avec hommes au
Canada. Je crois avoir connu ma meilleure saison de course, même si
je n’ai gagné que le championnat féminin. J’ai beaucoup appris
avec les pros et j’ai grandement amélioré mes techniques de
course et mon pilotage. J’ai pu me classer 10e
au championnat national en Pro 600 et 15e
en Pro Superbike. Je suis bien contente de ce résultat pour ma
première année sur un Superbike (CBR 1000 RR 2008 d’Excel Moto
Honda), d’autant plus que je n’ai pas participé à toutes les
courses inscrites au calendrier Superbike. J’ai aussi décroché le
3e
rang, ex aequo avec un autre pilote, pour le titre de la recrue
professionnelle de l’année au niveau national.»
Très vite,
Marie-Josée prend conscience de la somme de travail qu'il lui faudra
accomplir pour se tailler une place parmi les meilleurs coureurs de
Superbike au Canada: «Chez
les pros,
tout va plus vite, il n’y a pas de temps à perdre! Les départs
sont plus rapides, les courbes arrivent plus vites, les freinages
sont plus loin, il faut accélérer plus rapidement, il faut prendre
notre place sur la piste, etc. Dès le début de la course, il faut
donner sont 110%, et ce, jusqu’à la fin! Il faut être très en
forme, autant physiquement que mentalement. Je me suis donc pris en
main pour m’assurer de ne pas manquer d’énergie et je travaille
beaucoup sur ma concentration lors des courses. En roulant avec les
pilotes les plus rapides, je ne peux que m’améliorer.»
Avez-vous
le sentiment d'être acceptée à 100%, en compétition, chez les
hommes? Avez-vous subi certaines expériences négatives? Chez
les hommes, je dois seulement faire ma place, ou plutôt prendre ma
place sur la piste. Je n’ai jamais eu de mauvaise expérience sur
le fait que j’étais une femme parmi les pros. Au contraire, je
suis très bien acceptée et tous me respectent en tant que pilote.
Je reçois beaucoup d’encouragements, de félicitations. Ce n’est
pas parce que je suis une fille que j’ai la vie plus facile, même
au contraire! Ce n’est pas facile de courir contre ces gars-là, où
la grande majorité d’entre eux sont sur une moto depuis leur très
jeune âge! Moi, j’ai du attendre à 18 ans avant d’embarquer sur
ma première moto! J’ai la chance de courir avec les plus grands
noms de ce sport, au Canada, et de côtoyer plusieurs pilotes qui ont
une renommée internationale en compétition. Et en plus, je ne suis
pas la dernière sur la piste! Je donne beaucoup de fil à retordre
et j’espère continuer dans ce sens! Quoi demander de mieux?
Quel type
de pilotage préconisez-vous en piste? Êtes-vous plutôt agressive
ou patiente? Êtes-vous du genre stratégique ou audacieuse? «De
par ma nature, je ne suis pas très
agressive mais plutôt analytique. Ceci se reflète sur mon pilotage
en piste, car j’ai tendance à bien analyser ma course et suis très
patiente. Une course dure entre 12-15 tours, donc il ne sert à rien
de se précipiter dans un dépassement et prendre la chance de se
sortir soi-même de la course après 2 tours. Disons que je suis
plutôt beaucoup plus stratégique qu’audacieuse. Je n’aime pas
prendre des risques et je ne devrais pas avoir à en prendre si je
suis en pleine possession de mes moyens et que je contrôle bien ma
machine et ma tête!»
Qu'est-ce
qui vous démarque le plus des autres compétiteurs? «Je
ne sais trop quoi répondre... je dirais que je ne lâche jamais dans
une course, tant et aussi longtemps que je n’ai pas passé le
drapeau à damier. Peu importe si je suis première, dernière ou
dans le peloton du milieu, tant que ce n’est pas terminé, je
pousse. On ne sait jamais ce qui peut arriver dans une course, alors
si on laisse tomber les gants avant la fin, on peut manquer de très
bonnes opportunités.»

Quel type
de circuit vous plaît le plus? Nommez ceux que vous préférez.
«Je suis
plutôt technique, habituée à de petits circuits. J’ai commencé
les courses sur un petit circuit très technique tout près de
Québec. J’aime bien avoir à pencher la moto d’un côté et de
l’autre, les freinages extrêmes, les chicanes, les courbes
serrées, etc. Le circuit de Calgary en est un que j’ai aimé, dès
le premier contact. Malgré la mauvaise condition de l’asphalte, je
trouve que son tracé est très excitant. Je crois que ce circuit est
fait pour moi, car j’ai toujours obtenu de bons résultats à cet
endroit, deux podiums lors de ma dernière année en Amateur au
championnat national (2007). J’aime bien aussi le nouveau circuit
de Calabogie, avec toutes ces courbes et dénivellations. Je suis
moins habituée à rouler sur des circuits très rapides, tels que
Mosport et Tremblant. L’année dernière, j’ai connu une de mes
meilleures courses à Mosport en Superbike, et me battant avec des
pilotes qui étaient/sont généralement beaucoup plus rapides que
moi.»
Parlez-nous
de votre équipe. Qui sont les personnes qui vous supporteront tout
au long de la saison? «Alain
Larouche, mon mécano et manitou est celui qui prépare mes motos. Il
est un ex-pilote professionnel, spécialiste en suspension et en
moteurs de performance, et c’est lui qui rend mes petites bêtes
aussi incroyables! Alain travaille avec moi depuis mes touts-débuts
en piste, enfin presque. Nous formons une petite équipe, avec mon
père, depuis 4 ans environ. Il a toujours été celui qui préparait
mes motos et qui a su les rendre aussi performantes, maniables et
très faciles à piloter. C’est vraiment un gros atout dans notre
équipe d’avoir une personne comme lui pour préparer les motos et
toujours les améliorer. Je suis toujours en confiance quand
j’embarque sur la piste, car je sais que mes motos sont prêtes et
surtout qu’elles sont bien préparées et sécuritaires.
Mon
papa est, je dirais, la personne qui m’a supporté le plus depuis
mes débuts en courses, même s’il doit être celui qui stresse le
plus lorsque je suis sur la piste! Il travaille très très fort pour
que tout fonctionne à l’intérieur de l’équipe, que nous ayons
les pièces et équipements nécessaires, que nous ne manquions de
rien pour les motos, la remorque, le frigo! Étant un très bon
gestionnaire et ayant une très grande expérience en gestion de
projet, disons que la gestion de notre équipe lui va à merveille!
En plus de s’occuper de tout, il s’assure de toujours de me
rappeler que nous sommes sur la piste pour avoir du plaisir et que je
dois toujours m’amuser lors des weekends de courses! Comment ne
peut-on pas avoir de plaisir avec une telle vision des choses?»
Quel
type de machine aurez-vous à votre disposition en 2009? «Grâce,
encore une fois, à l’immense support de mon commanditaire
principal, Excel Moto Honda, situé à Montréal, j’aurai la chance
de piloter cette année encore trois incroyables machines. J’aurai
deux CBR 600 RR (une 2007 et une 2009) ainsi que mon CBR1000 RR de
l’année passée. J’aurai aussi un petit (ou grand pour moi!!)
CRF 150 sur lequel je pourrai m’amuser dans les puits et pratiquer
mes dérapages!»
Conservez-vous
un bon souvenir de votre expérience à Daytona, lors de l'épreuve
d'endurance des huit heures Sun Trust Moto-ST en octobre dernier?
«Daytona,
c'est un vrai rêve devenu réalité. Je regardais depuis longtemps
la course de l’AMA à Daytona, avec Miguel qui était sur Honda, et
le fait d’avoir eu la chance de courir sur ce même circuit était
tout simplement extraordinaire!»
Racontez-nous
un de vos plus beaux moments de la saison 2008:
«Le meilleur de tous
est lorsque l’organisateur de RACE a nommé
mon nom, lors du banquet de fin de saison et de la remise des prix,
pour le prix de la recrue professionnelle de l’année! J’ai dû
prendre quelques secondes pour réaliser que c’était moi qui avais
été appelée! Quand je suis montée sur la scène pour recevoir ce
prix, j’ai eu droit à un résumé de mes exploits de la saison
par Ken Pieschke, le responsable du Défi Féminin. Je dois dire que
j’ai bien aimé ce moment et la main d’applaudissement que j’ai
reçu par la suite. Cela fait toujours plaisir de voir que ses
efforts sont remarqués par d’autres, surtout quand tu performes
dans un sport qui est presque entièrement dominé par la gente
masculine!
Je
garde aussi un bon souvenir de ma course de Superbike à Mosport et
celle de Shannonville, en fin de saison. À Mosport, j’ai fait des
temps que je n’aurais jamais pensé faire et en plus je me battais
avec deux autres pilotes qui sont toujours dans le top 10-12. Je me
suis vraiment donnée à fond dans cette course, sans vraiment m’en
apercevoir, car mon adrénaline était dans le piton! En débarquant
de la moto, lors de mon retour dans les puits, j’étais vidée de
toute énergie et je me suis écrasée par terre! J’avais un gros
sourire par contre, de même qu’Alain (mon mécano) et papa!
À
Shannonville, ç’a été un peu la même chose. Mon Superbike
allait vraiment bien et j’étais très à l’aise. J’ai réussi
de très bons chronos en piste et j’ai dépassé plusieurs pilotes
très rapides. Je m’étais qualifiée 17e
et j’ai terminé la course 12e. Sur cette piste, avec le grand
nombre de pilotes qui sont présents en Superbike, une 12e
place pour moi était un très bon résultat, et mon meilleur
classement de l’année!»
Avez-vous
un objectif particulier que vous aimeriez atteindre en 2009? «Je
n’ai pas vraiment d’objectif particulier pour cette nouvelle
saison. Si j’étais en mesure de terminer dans le top 10 en Pro 600
(ou même top 8), et dans le top 10-12 en Superbike, je serais bien
heureuse! Mon but premier est d’avoir du plaisir! J’aimerais
continuer mon apprentissage avec les pros et améliorer mon pilotage
et mes techniques de course. Si je peux toujours améliorer mes temps
par rapport à l’année passée, ceci sera ma propre victoire!»
Qui
sont vos principaux commanditaires?
«Mon papa, Roland
Boucher, bien entendu! C’est aussi mon premier
et plus grand admirateur, et celui qui me permet de me dépasser et
de m’épanouir en faisant ce que j’aime le plus! Par la suite,
j’ai un support incroyable et non mesurable de la part de mon
concessionnaire Excel
Moto Honda et de
toute son équipe. Enfin, beaucoup d’autres partenaires me
supportent de plusieurs façons, et ils sont tous aussi importants
les uns que les autres»
Êtes-vous
satisfaite de la couverture médiatique entourant les courses de
motos en général?
«Personnellement, pas
vraiment. Comme tout autre pilote, j’aimerais
que la course de moto soit beaucoup plus médiatisée et populaire au
Canada, et que nous puissions courir plus souvent au Québec. Par
contre, il faut être réaliste et comprendre que la moto au Canada,
c’est loin d’être le hockey! Ceux qui connaissent/suivent les
courses sont vraiment des mordus de la moto et savent où aller
chercher l’information.»
Que
faites-vous en dehors de la compétition? «Je
travaille à temps plein à titre d’analyste en gestion de la
tarification pour une compagnie de télécommunications! J’adore ce
que je fais et ceci me fournit un bon équilibre professionnel et
personnel! J’ai beaucoup de défis à relever, de projets en cours
et tout va super au travail! Je suis aussi capable de combiner ma
passion pour la course avec mon travail, ce qui est un élément très
important pour moi.»
Avez-vous
un message particulier que vous aimeriez adresser aux jeunes filles
désireuses de suivre vos traces? «Tout
simplement de venir sur la piste et d’essayer! Vous allez être
accro comme je l’ai été! Et si je peux le faire, et si les autres
pilotes féminins l’ont fait, vous pouvez le faire aussi! Il faut
seulement commencer et suivre son propre rythme! Ne vous arrêtez pas
parce que vous pensez ou croyez que c’est épeurant! Tout au
contraire, vous ne pouvez imaginer ce que vous sentirez sur la piste!
C’est vraiment extraordinaire, et en plus, vous faites ceci dans un
environnement sécuritaire et adapté à ce sport, avec d’autres
pilotes qui ont les compétences d’être sur la piste avec vous!»
Un
message particulier à vos admirateurs? «Simplement
un gros merci pour tout le support que je reçois de votre part.
J’apprécie énormément les félicitations et les encouragements.
Il y en a qui viennent me voir à chaque course, d’autres qui
suivent mes résultats via les médias/site web, etc. Je trouve cela
super, et je ne suis même pas l’un des top 5 coureurs! J’essaie
de faire du mieux que je peux à chaque présence sur la piste, et je
suis toujours heureuse de voir ou revoir des fans qui me rendent
visite dans les puits ou qui me saluent lors des weekends de courses.
J’espère vous donner un bon spectacle en piste, surtout depuis que
je course avec les grands! Vous êtes toujours les bienvenus sous ma
tente rouge! Et surtout, n’arrêtez pas de venir aux courses nous
encourager, c’est toujours plaisant d’avoir une audience devant
laquelle nous donnons notre 100%!»
Mario
Decelles pour OnRoule.ca
Marie-Josée
Boucher remercie ses nombreux commanditaires :
-
Roland Boucher Consultants Inc.
-
Excel Moto Honda
-
Alain Larouche
-
Honda Canada et Pro Honda Oils and Chemicals
-
Fox et RCM Technologies
-
Black and McDonald
-
Québec Linge Services d’Uniformes
-
Importations Thibault
-
Dainese USA
-
Inside Motorcycles
-
Optimum Performance Products Inc (OPP Racing)
-
Atelier Daniel Martel –
Moteurs de performances